Lirac... On the Road !

Le 18 et 19 novembre derniers, je me suis rendu à l’événement « Aoc Lirac - Découverte du berceau historique des Côtes du Rhône » ! Évènement organisé par les vignerons de cette même appellation ! Du coup, j’ai pleins de choses à vous raconter et à vous faire découvrir. Si vous êtes là, c’est que vous avez au moins 5 minutes devant vous, alors c’est parti !

Au commencement était Lirac

Je commence avec une présentation de l’appellation et après, on parle pinard, promis.

Lirac est un village Gardois, qui se situe sur la rive droite du Rhône (en face de Châteauneuf-du-Pape).

L’appellation Aoc Lirac réunit trois autres villages alentours, qui sont Roquemaure, St-Géniès-de-Comolas et St-Laurent-des-Arbres. Vous le savez sûrement, mais on détermine une appellation sur plusieurs critères : On y examine le climat, les différents types de sol et on prend en compte le facteur humain. C’est-à-dire, ce qui lie entre eux, les vignerons de l’appellation. Cela passe par leur savoir faire à la vigne, à la cave, le profil des vins qu’ils produisent, et aussi une histoire commune.

L’Histoire commune ! Les Vins de Lirac étaient très appréciés dès le XVI siècle. Apparemment, dans les cours Royals du monde entier, il fallait avoir son tonneau de Lirac. C’est du port de Roquemaure que partaient les vins. Un port fluvial très important, à l'époque, où l'on pouvait recenser jusqu’à 200 bateaux par jour qui allaient et venaient.. Les vins de Lirac avaient un tel succès que des petits malins faisaient de la contre-façon pour faire un peu de business... On a donc décidé, en 1737 et en haut lieu, de frapper les barriques du sigle « C.D.R », soit… « Costes du Rhône » C’est donc, grâce aux vins Liracois, qu’est née cette dénomination et qui deviendra le terme pour désigner l’ensemble des vins des Côtes-du-Rhône… La classe ! C’est en 1947 que Lirac obtint son titre de Cru. Dix ans après son voisin, Tavel, et onze ans après Châteauneuf-du-Pape. Ce qui fait d’elle le troisième plus vieux cru de la Vallée du Rhône Sud (4 ème, si on prend en compte le vin doux naturel de Rasteau). Vous allez comprendre, un peu plus bas, pourquoi j’insiste là-dessus.

Les Terroirs

Sans faire un cours sur la composition des sols, je vous passe en revue les trois types de sols de l’appellation (Je vous renvoi à cet article si vous souhaitez en savoir plus sur ce sujet).


Les galets roulés et l’argile rouge : Très connus grâce à Châteauneuf, Lirac partage cette caractéristique. Ce type de sol « donne des vins puissants avec une architecture tannique, solide et dotés d’un potentiel de garde élevé. » (ouais, j’ai fait un copier/coller, et alors ?)

Les éboulis calcaires : Ça nous vient du crétacé et cela apporte beaucoup de minéralité aux vins. Je trouve d’ailleurs que c’est un peu le marqueur des vins blancs de Lirac.

Les sables :

Ce sont des terroirs très prisés, ces temps-ci, car ils apportent beaucoup de fraîcheur aux vins.

Sur Lirac, ces terres de sables s’accompagnent de galets qui vont apporter aussi de la structure, mais plus finement que l’argile rouge. C’est avec ces trois terroirs et en les assemblant avec précision que les vins Liracois vont trouver leur identité.


Les Cépages

Pour les Rouges, on est sur le fameux G.S.M, à savoir Grenache, Syrah, Mourvèdre et un peu de Cinsault. Ce dernier est un cépage de plus en plus apprécié dans le sud, car il va apporter plus de fraîcheur aux vins, mais aussi de l’intensité aromatique. Il est beaucoup utilisé pour les rosés.

Pour les Blanc, si le cépage historique est le Bourboulenc, on y trouve du Grenache blanc, de la Clairette et de la Roussanne.

Après, il existe d’autres cépages, dit « secondaires » que les vignerons peuvent utiliser en petite quantité, comme le Carignan, pour les rouges, et le Viognier, pour les blancs.


La bataille de Lirac

Bien que ce soit une appellation qui va sur ses 75 ans, les vins de Lirac souffrent d’un manque de notoriété au niveau national. D’un point de vue international, pas de problème, les vins de l’appellation s’exportent bien, mais en France, les professionnels sont, parfois, un peu tièdes pour la promouvoir. Car si Lirac est reconnu par les vendeurs de vins français, il y a, il faut le dire, beaucoup de vendeurs d’étiquettes. Et à ce jeu-là, Chateauneuf, Gigondas, voir Vacqueyras, tiennent la barque. Ce ne sont pourtant pas les jolis domaines qui manquent, avec par exemple, le Château d’Aquéria, le Château de Montfaucon, La Mordorée ou encore le Domaine Maby. Mais aussi des ambassadeurs venus de Châteauneuf-du-Pape, comme le Clos Mont-Olivet, Alain Jaume, le Château Mont-Redon et bien d’autres.

Pour ma part, je rajouterais le Château Boucarut et le Domaine du Joncier, moins connus mais excellents. Les vignerons de Lirac veulent donc, aujourd’hui, faire savoir qu’ils sont là, qu’il faut compter avec leur style. Pour ça, il y a un travail considérable qui est mené, depuis 2015, sur la qualité des raisins, sur le respect de l’environnement et une réflexion sur le profil des vins, en tirant les avantages de leurs terroirs, qui ont cette capacité à proposer de la finesse et de la complexité. Perso, j’ai été un peu surpris d’apprendre que Lirac soit si peu connu. En même temps, j’habite à un quart d’heure, donc c’est sûr, j’ai moins de mérite. Pour ceux d’entre vous qui auraient entendu parler de Lirac, sans y associer une qualité gustative, je parie fortement que le jour venu, vous ferrez le même constat que moi : Lirac n’a pas à rougir et en plus, il a sa une propre identité. Il y a souvent un marqueur, un fil rouge qui me fait dire « là, on est bien à Lirac ! ».

C’est d’ailleurs ce que j’ai cherché et trouver pendant deux jours.


Rod trip

La découverte de Lirac a commencé par une Master Class à l’école des vins d’Avignon, menée par Rodolphe de Pins, vigneron du Château de Montfaucon, mais aussi président de l’appellation. Il était accompagné de Bertrand Boislève, sommelier de son état. En gros, je viens de vous résumer tout ce qui a été dit durant cette intervention et ensuite… nous avons eu le droit à une dégustation de vins représentatifs de Lirac. Je ne vais pas vous faire chaque vin, sinon il y a de grandes chances que vous soyez-là jusqu’à tard ce soir, ou que vous zappiez pour aller regarder des vidéos de chatons. J’espère avoir l’occasion de vous reparler de certains vins, car j'ai eu deux ou trois coups de coeur dans le lot. Mais pour résumer, ce genre de dégustation permet d’appréhender les styles.

Pour les blancs, il y avait d'un côté, l’école du savoureux, avec de la rondeur, de l’onctuosité, jamais sans lourdeur, et de l’autre, un style plus élancé, droit et tenu.

Ces blancs avaient en commun, une richesse aromatique et de la minéralité (voir une salinité) qui apporte tension et sapidité. Le fil rouge….

Pour les rouges, on était sur de la souplesse, de la tension. Des structures assez fines et toujours cette richesse aromatique (marqueur d’un grand terroir). Après, le style diffère, en fonction de la vigneronne ou du vigneron, si l’objectif est de faire des vins à boire sur la jeunesse ou non.

Quant au rosé (il n'y en avait qu’un), c’était clairement un vin de repas. Il avait une belle matière avec des notes ambrées très charmeuses. Les rosés de Lirac se rapprochent généralement, des fameux rosés de Tavel. Des rosés avec de la couleur et de la matière. Et non, ce n’est pas fort ou alcooleux, comme le voudrait la légende, on est plus sur un style gastronomique.


Domaine Maby et Château de Montfaucon

Après cette Master-class, direction « La Fourchette » à Avignon (Très bonne table!) avec deux grands vignerons de l’appellation, Richard Maby et Rodolphe de Pins. Je ne vais pas tourner autour du pot, en terme de vins, on était sur du très haut niveau. Si je vous parle souvent des vins de Montfaucon (quand on aime, on ne compte pas), j’ai fait la découverte de ceux du Domaine Maby.

Un vigneron dont on parle beaucoup ces derniers temps. Élu, cette année, vigneron de l’année par le Guide Hachette. Deux domaines au style différent, mais avec un point commun : Le raffinement.

Des vins qui appellent à la méditation et au lâcher-prise. C’est intense et maîtrisé pour l’un, précis et finement joué pour l’autre. On s’incline forcément…


Domaine Coudoulis

Le lendemain matin, c’est au domaine Coudoulis, du très aimable Bernard Callet, que nous nous sommes rendus. On peut dire que c’est une des références de Lirac. Un domaine qui a ses vignes d’un seul tenant, ce qui n’est pas courant, ce qui offre une unité de terroir (même s’il y a des nuances) et donc une typicité dans les vins. Je connaissais déjà les vins avec la grande "Cuvée Hommage", d’une limpidité et d’une délicatesse reposante. Je vous confirme que ça n’a pas changé. Un petit « Big-up » pour la « Cuvée évidence ». Plus abordable en terme de prix, mais pas moins intense. C’est à la fois gourmand et charmeur.

Vignobles Alain Jaume (Fille) et Fils.

Je vous le disais, les domaines Châteauneuvois aiment bien Lirac, et c’est le cas avec celui-ci. Pour les connaisseurs, Alain Jaume, c’est aussi le Domaine Grand Veneur, pour les Châteauneuf-du-Pape. C’est Hélène Jaume, fille d’Alain qui nous a reçus. Le Domaine Alain Jaume est ce qu’on appelle un domaine oenotouristique.

On vous proposera un tour dans les vignes, une visite du domaine et un déjeuner, pensé autour des vins de ce dernier..

Une table tenue avec passion et précision par Hélène Jaume, avec des produits frais, voir du jardin. Lors de ce déjeuner, évidemment il y avait les Lirac du domaine, mais aussi ceux du Château Le Devoy Martine et de sa Vigneronne, Véronique Lombardo. D’ailleurs, je vous recommande la cuvée « Via Secreta ». J’ai beaucoup aimé son équilibre et le touché qu’il procure en bouche. Je pense que c’est encore un peu jeune pour un 2018, ce qui pour le coup présage le meilleur. Du côté d’Hélène Jaume, il faut absolument découvrir les cuvées du Clos Sixtine. Belle amplitude, assez racé, épicé et avec des notes un peu compotées. On a pu déguster deux millésimes, avec d’ailleurs des similitudes, 2014 et 2018. Deux années pluvieuses, qui ont donné du fil à retordre aux vigneron(ne)s. Conclusion : Il y a du potentiel de garde dans les Lirac et ça vieillit bien.


Balade avec Jocelyn

Un bon déjeuner s’accompagne toujours d’une bonne balade.

Il est important d’entretenir son corps et surtout le mien… Retour à Lirac et c’est Jocelyn Raoux (du domaine du même nom) qui nous emmena sur le chemin de la Sainte Baume à travers les vignes. Jeune vigneron, jeune domaine, Jocelyn vinifie depuis l’âge de 7 ans… On ne questionnera pas ici le travail des enfants (lol), mais c’est ce que l’on peut appeler un parcours de passionné ! Issu d’une famille de coopérateur, Jocelyn fit évoluer les choses en 2015 en créant son domaine.

En haut, du chemin (et oui ça monte) se trouve l’Ermitage. Antique grotte du néolithique dans laquelle furent édifiées, au 17e siècle, une chapelle et une statue de la Vierge. C’est devenu, aujourd'hui, un lieu de pèlerinage. C’est un endroit qui est, depuis des années, respectueusement rénové par les habitants du village. Comme tous les lieux chargés d’histoire, on est traversé par un sentiment paisible, on fait appel à son attention pour y chercher des morceaux du passé, on peut même redécouvrir le recueillement… On repère des détails afin de déterminer si ce lieu est, au pire singulier, au mieux unique…

Après cet instant « hiératique », direction le caveau de Lirac, pour une dégustation des vins de Jocelyn et de ceux d’Isabelle Boulaire, (qui n’était pas là, mais qui pensait certainement très fort à nous (re lol)). Les blancs de Lirac ne représentent que 10 % des vins et ces deux-là, leur font honneur.

Celui d’Isabelle, pour commencer, avec ses notes très charmeuses de badianes et ses touches beurrées. J’ai bien aimé sa texture tout en finesse, bien ajustée avec une matière profonde et qui glisse sur une finale aérienne et saline. Encore le fil rouge. Quant à celui de Jocelyn, on y retrouve aussi ces notes anisées, mais aussi de la poire. On a un style différent, droit de bout en bout, limpide, épuré avec une salinité appétissante. Un très joli blanc que je vous recommande également.


Domaine Giraud et Domaine des Maravilhas

Cette deuxième journée se termina au restaurant. Cette fois-ci au Carré du Palais à Avignon. Ce dernier a été créé par des vignerons et des négociants de la Vallée du Rhône, afin de réunir en un seul lieu, l’essence de leur métier. Vous avez donc la restauration, une école des vins et une cave de dégustation, renfermant environ 10 000 bouteilles de la Vallée-du-Rhône. Autant lâcher des gosses dans un magasin de jouets... Ces cuvées sont stockées dans une chambre forte, car avant que ce ne soit un lieu consacré aux vins , se trouvait à cet endroit, la Banque de France…

Dans ce lieu, nous avons retrouvé Marie Giraud du Domaine Giraud, situé à Chateauneuf-du-Pape. Si l’aventure a commencé en 1974, chez les Giraud, on est vigneron depuis 6 siècles, d’un côté, et distillateur de l’autre.

Aujourd’hui, la distillerie a fermé ses portes pour laisser place à la vinification et à l’élevage. Un seul Lirac est produit au domaine et nous l’avions dégusté lors de la Master Class. Un rouge bien équilibré, structuré, à la fois souple et doté d’une matière assez ample. Du côté des arômes, c’est racé avec de la garrigue, de la réglisse et des touches de torréfaction assez charmeuses. C’est un 2019, donc forcément solaire, concentré et qui aimera se faire attendre.

Lors de cette soirée, il y avait également Jean-Frédéric Bistagne du Domaine des Maravilhas (Saint-Laurent des Arbres). Maravilhas qui veut dire Merveilles en Occitan. Créé en 2014, ce domaine est en biodynamie et a une histoire très intéressante… que je ne vais pas vous conter ici, car je nourris le secret dessein de m’y rendre un de ces quatre. Futur article en vue… (?)

Jean-Frédéric était venu avec 3 Lirac. Son blanc, « Prado -2020 ». Un parcellaire sur les agrumes et la pomme verte. Une matière assez fine. Un blanc qui laisse une sensation de délicatesse sans minorer l’expression aromatique. Toujours cette salinité qui vient vous mettre en appétit. En deux mots : net et droit !

Pour les rouges, ce fut « Canto Bruno-2018 ». Bien qu’encore jeune à mon goût, on trouve un équilibre entre souplesse et densité, fraîcheur et structure. Ces arômes de fruits noirs associés aux notes cendrées ont eu un côté hypnotique sur moi… À déguster lentement. Bon là, euh… Coup de cœur, pour « La Pierre de Josette - 2018 » Tout ce que j’aime ! De la gourmandise, de la concentration, de la complexité aromatique avec du cassis, de la framboise et des écorces d’orange. Il y a aussi du fruit sec, de la pierre à fusil et en bouche, c’est le festival ! On est sur un élixir, c’est profond, intense et avec des tanins d’une belle finesse. Une merveille ! Pour ma part, ce Road trip s’acheva sur cette note !


Pour conclure Que dire de plus ? Un cru qui a clairement sa personnalité. Il possède de très jolis blancs. Le défi des prochaines années, pour les domaines, va être d'étendre la production de cette couleur. Il y a clairement une carte à jouer à ce niveau-là et ce n’est sûrement pas un hasard si le voisin "Laudun" est considéré comme une terre de blanc…

Pour les rouges, ils ont la distinction, à mon sens, des Châteauneuf-du-Pape, avec peut-être ce léger avantage, de pouvoir obtenir plus facilement une fraîcheur, héritée des nombreux terroirs de sables et de calcaires. En tout cas, c’est une appellation qui fait et qui peut faire des grands vins. D’ailleurs à ce sujet, message à mes lecteurs : Les gars (oui, je vous appelle les gars.), Lirac est l’appellation typique pour se faire plaisir à des prix raisonnables. Noël approche et un vin Liracois ne fera pas pâle figure sur votre table. À bon entendeur… Merci à toutes les vigneronnes et vignerons de l’appellation pour leur accueil. Merci à Inter-Rhône et plus précisément Marjorie Preux pour cette invitation et ce séjour… Carrément magique.


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