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Christophe Jeune - Domaine de Saint Paul - Châteauneuf-du-Pape

il y a 8 heures
4 min de lecture

On plante pour les autres. C'est ça, le métier, au fond… On taille, on greffe, on se casse le dos sur des ceps qu'on ne verra jamais vieux, et c'est le petit-fils qui trinquera. Ou l'arrière-petit-fils. Ou personne, si la grêle s'en mêle.


Ça faisait du bien de revenir à Châteauneuf-du-Pape. Cette fois, c'était chez Christophe, au Domaine de Saint Paul.

Septième génération de vignerons, qu'il me dit, comme on donne son adresse.

Quinze hectares dans l'appellation, cinq en Côtes-du-Rhône, le tout en bio.


Et moi, avec ma caisse.


Le Clos Saint Paul, Domaine de Saint Paul à Châteauneuf-du-Pape

Les fourneaux ou la vigne


On croit toujours que la septième génération, c'est une autoroute. Le berceau, la cuve, la vigne, et ça roule…

Pas du tout.


À seize ans, Christophe voulait être cuisinier. Lausanne, l'école hôtelière, les cuisines, il avait tout prévu.

Et puis il a traîné dans les vignes avec son grand-père et son père, il a vu ce qu'ils avaient fait de leurs terres… et il a craqué.

Adieu la toque.


La cuisine et la vigne, ce n'est pas la même vie, je lui fais remarquer :

L'une enfermée, l'autre au grand air.

« C'est complémentaire », qu'il répond.


Ce qui est sûr, c'est que Christophe n'est pas un homme qu'on enferme.

Ça tombait bien : ma caisse, elle, renfermait des choses.


Trois cents vignerons, une seule patte


Châteauneuf, c'est un drôle de pays. Un grand nom pour un petit territoire.

3 200 hectares, quelque 300 vignerons, et sous les pieds un patchwork à rendre fou un géomètre : des sables et des galets roulés au sud, des argiles et des galets au nord, des calcaires blancs à l'est…

Chacun son morceau. Chacun sa patte.


Galets roulés du terroir de Châteauneuf-du-Pape

Alors je lui ai demandé ce qui faisait la sienne. Il n'a pas cherché loin : les vieilles vignes.

Certaines parcelles ont entre 80 et 100 ans. Des grand-mères tordues, noueuses, qu'il faut tenir à bout de bras.

La taille courte, « pas sévère », le relevage, l'attachage… tout un travail de soignant pour les emmener plus loin encore.


Là, j'ai fait mon malin.

Des vignes de cent ans, c'est beau, mais ça finit par mourir, une vigne. Elle va disparaître, alors, la patte Saint Paul ?


Ben non.

Christophe a sa réponse : la sélection massale. Il récupère les sarments de ses vieilles vignes pour les greffer et planter les jeunes.

Les vieilles s'en vont, leur sang reste.


Un héritage qui passe par le bois plutôt que par le notaire…


Vieille vigne du Domaine de Saint Paul

Ce qu'on ne verra pas


Trente ans qu'il fait ce métier. Je lui ai demandé un souvenir.

Il m'a raconté les États-Unis, la première fois, il avait à peine vingt-cinq ans. Un autre pays, d'autres magasins, d'autres cavistes… et là, au milieu des rayons, ses bouteilles à lui.

Le gamin de Châteauneuf qui tombe nez à nez avec son vin à l'autre bout du monde.


« C'est valorisant », qu'il dit, avec la pudeur de ceux qui pensent d'abord aux autres.

Aux anciens, justement :

« Les vieilles vignes qui sont derrière, c'est grâce à nos grands-parents. Ils nous ont transmis un héritage colossal. »


Barriques du Domaine de Saint Paul

Et lui, aujourd'hui, il en plante, des vignes qui seront centenaires. Il ne les verra pas.

Ça ne le frustre pas ?

« C'est toujours frustrant. »

Mais il y a la passion, l'envie… et ce qu'on laissera aux enfants.


On plante pour les autres, je vous disais.


Dans la caisse, dans le verre


Christophe avait apporté son Domaine de Saint Paul 2023, Châteauneuf-du-Pape rouge.

Du grenache noir surtout, le roi de l'appellation, avec de la syrah, du cinsault et du muscardin. Des vignes plantées sur les sables et les galets roulés.


Domaine de Saint Paul 2023 et les plats de Caisse qu'on Déguste

Tant pis si je me répète : la finesse, c'est la première chose qui vous saute dessus.

L'attaque est délicate, presque timide, puis le fruit arrive, rouge, frais, avec une élégance qui ne force rien.

Les sables donnent la finesse, les galets la puissance et l'équilibre, qu'il m'explique.

Dans le verre, ça se tient. Les tanins sont soyeux, fins, presque enrobants.


Ce n'est plus le Châteauneuf de nos grands-pères, celui qu'il fallait oublier dix ou quinze ans au fond de la cave.

Celui-là se boit jeune, et il se boit bien.

Les cuves thermorégulées sont passées par là : de la fraîcheur, de la soie… sans renier ce que faisaient les anciens à la vigne.


Dans la caisse, une tomate farcie relevée de coriandre, puis un parmentier d'agneau.

Avec la tomate, c'est un accord de texture : le plat ne crie pas, le fruit frais du vin non plus, et ça colle.

Avec l'agneau, un petit côté olive est remonté du verre, presque une tapenade…

Et cette salinité dans l'assiette qui vous renvoie au verre, puis à l'assiette, puis au verre.


J'ai pris mon temps, tant pis pour l'équipe qui s'agitait derrière la caméra.

C'est mon émission, après tout.


Merci pour ce moment


S'il devait un jour quitter Châteauneuf ? Le Pic Saint-Loup, sans hésiter.

Le soleil, des cépages cousins, et une vue…

Avis aux domaines du coin : on viendra avec la caisse.


Ce qui m'est resté de Christophe, c'est un truc tout bête.

Quand on lui dit que son vin est bon, il ne bombe pas le torse : il se demande comment faire mieux.

Perfectionniste, je lui ai dit. Il a corrigé : « minutieux ».

Va pour minutieux.


Christophe Jeune, vigneron du Domaine de Saint Paul

Je ne sais pas ce que donneront les vins de Saint Paul dans cent ans.

Ce que je sais, c'est que moi, je me souviendrai de cette dégustation.


Merci pour ce moment, Christophe.



Le Domaine de Saint Paul en bref


Adresse : 2100 route de Sorgues, 84230 Châteauneuf-du-Pape

Appellations : Châteauneuf-du-Pape, Côtes-du-Rhône

Vignoble : une quinzaine d'hectares en Châteauneuf-du-Pape, cinq en Côtes-du-Rhône, en bio

Visites : caveau sur rendez-vous, fermé le dimanche

Téléphone : 04 90 83 70 28


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