Christophe Requin - Domaine Saint-Pierre d'Escarvaillac - Côtes-du-Rhône

Question ! Combien y a-t-il de cave particulière en Avignon ?

Réponse : une seule. Et oui ! Il n'y a qu’un seul vigneron en Avignon...

Et ce n’est pas la seule particularité du Chateau ou Domaine Saint-Pierre d’Escarvaillac.


Bonpas, bon oeil...

Saint Pierre d'Escarvaillac

On ne sait pas à quelle date a été construit Escarvaillac, mais ce que l'on sait c'est qu'il existait, bien avant, la célèbre Chartreuse de Bonpas, construit au 12e siècle.

Ce domaine d'architecture romane, servait de ferme et de cuverie vinicole aux Chartreux et se nommait « La grange de la Cépède »

Fourrage, élevage, agriculture et évidemment, viticulture, étaient les activités principales de la ferme.


Le raisin opérait sa vinification dans de grandes cuves enterrées. Et elles sont encore là, ces cuves !

Voici donc, l’autre particularité du domaine : celle d’héberger deux, des plus vieilles cuves en pierre de taille, du Vaucluse (peut-être même les plus vieilles) avec celles du Château Saint-Cosme à Gigondas.


Malgré la révolution, on ne cessera donc jamais de faire du vin à Escarvaillac.

Le domaine passera de mains en mains, jusqu’en 1860, avec la Famille Requin.

Famille Requin, dont certaines branches, mènent au (très bon) Domaine du Bois de Saint-Jean de Xavier Anglès.

Quatre générations plus tard, c’est au tour de Christophe de perpétuer la tradition…


Le petit Requin

Quand on arrive à Escarvaillac, on quitte la ville et ses bruits, pour se réfugier dans un endroit préservé.

C’est avec cette sensation que Christophe Requin grandira… Ça et les odeurs de fruits, du verger de ses grands-parents.

Le vin, lui, est encore loin, et l'idée de devenir vigneron encore plus...

Il deviendra professeur de français, et comme le destin est parfois tenace, il vendra le vin de son père sur les marchés parisiens.

Mais le lien est là… Enfin surtout avec Escarvaillac…

Car ce qui le fascine avant tout, ce sont ses pierres et l’histoire qui ne s’enfuit jamais. Où que l’on se balade, il y a un témoignage, une tradition… C’est vieux. C’est beau et cela ne peut pas être gardé pour soi. C’est l’idée qui germera en Christophe, celle de revenir dans ce lieu et d’en faire plus qu’un domaine viticole… Lui, qui considère n’être que de passage dans ces murs, projette religieusement, de faire savoir qu’il appartient à tous.


L'héritage des pères

En 2010, il s’attaque à la rénovation de la grange pour pouvoir y proposer des expositions, des bals et autres événements festifs.

Le vin, lui, continu d’être produit par son père, Henri, visiblement pas décidé à transmettre le flambeau malgré ses 83 ans. Il continuera à produire jusqu’à son dernier souffle, en 2016, année où Henri Requin perdra en plus de la vie, toute sa récolte.

Il n’aura transmis que son Château…

À cette date, le choix de tout vendre ou tout conserver, se pose devant Christophe.

Emporter des souvenirs ou devenir vigneron…

Évidemment, cet article n’existerait pas s’il avait opté pour la deuxième option.

Il se met donc au travail… Il doit apprendre à faire du vin.

Heureusement, il sera bien entouré, par l’équipe du domaine. Michel, son chef de culture, Nicolas, l’œnologue, Bennasser et Mohammed, deux "historiques" du domaine, qui connaissent le vignoble par cœur.

Ensemble, ils aideront Christophe à rebâtir le vignoble et entamer la conversion en bio.

Beaucoup de choses sont arrivées au même moment, mais pour Christophe, aujourd’hui, sa relation avec Escarvaillac va au-delà de son histoire, elle s’imprègne du terroir.

Car les vignes poussent sur un immense massif rocheux, ce qui en fait un terroir singulier.

Et puis, il y a ces cuves, qui fascinent Christophe, « Se dire que je vendange dans une pierre qui a reçu plus de 600 vendanges est assez émouvant »

Il trouve cela « très poétique, symbolique, ce constate entre le vivant et l’immobilité de la pierre… Il y a ce qui se transforme et ce qui reste ».

Car à Escarvaillac, on vinifie de la même manière depuis 600 ans. Une fois terminé, les raisins sont extraits à la poulie…

Depuis 600 ans, les même gestes, au même endroit... Ce n'est pas rien tout de même...


"Ce lieu a plus de choses à dire que moi"

4 ans plus tard, Celui qui sort un peu la tête de l’eau (ou de la cuve), a une vision de son travail et des vins qu’il veut faire.

Des vins qui doivent refléter ce terroir particulier et dans le vin, le mot terroir englobe la terre, la vigne, le climat mais aussi le vigneron, sa vision et l’endroit où il vinifie. C’est un ensemble, un équilibre fragile, qui est aujourd’hui entre ses mains.

Mais n’a pas oublié son envie première, celle de faire connaitre le domaine Saint Pierre et de maintenir cette tradition ecclésiastique de l'hospitalité.

Le lieu sert de salle de spectacle pour le Festival d’Avignon, on s’y marie, aussi, et une association, créer par Christophe « Peiro Vivo » (Pierre vivante) propose des activités culturelles, pour finir autour d’un repas cuisiné par un chef, en accord avec les vins du domaine.

Et puis perdez-vous sur le chemin de Bonpas, taper à la porte du domaine, baladez vous dans les vignes, mais aussi les oliviers, les fruitiers... Saluez les poules, les moutons et les abeilles.

Christophe sera ravi de vous faire visiter le lieu et de vous proposer un gite pour la nuit....


En souhaitant, à celui qui, vendanges après vendanges, se transforme, laissera une grande trace à ce qui reste…


Les vins

14 hectares d’un seul tenant, et en appellation Côtes-du-Rhône, Escarvaillac produit uniquement du vin rouge.

Le vignoble pousse sur un massif rocheux, recouvert d’argile et cela donne, je trouve, une identité particulière aux vins.

Ils ont également, un gros potentiel de garde. J’ai pu gouter un 1998, et la tenu du vin était impeccable.

A Escarvaillac, afin de refléter le terroir et les cépages, tous les vins sont vinifiés de la même manière, dans les cuves en pierre de taille. La porosité de la pierre permet, un échange d’air unique, entre le mou et le marc, permettant une meilleure extraction de la vendange.


Seulement trois vins sont, pour l’instant, proposés :

La Saint-Pierre - 2018 - Côtes-du-Rhône

Composé à 80% de Syrah, 10% de Grenache et 10% de Carignan, avec un élevage de 12 mois en cuve.

Vous aimerez : Son nez expressif, aux senteurs de fruits noirs, de poivre et de garrigue. Des petits touches de champignons lui donne un côté racé.

Il y a de la souplesse et une rondeur bien enrobée... Un vin suave, avec du caractère et une jolie complexité.

Parfait pour les apéro, les grillades et les belles salades.

Prix : 8 euros


La Huppe - 2019 - Côtes-du-Rhône

50% Vieux Grenache, 30% Vieux Carignan et 20% Syrah pour cette cuvée, aussi élevé en cuve pendant 12 mois.

Vous aimerez : Son nez intense et fruité avec des arômes de poivre noir, de violette et de réglisse.

En bouche, le vin se fait plus minéral et très floral. C'est généreux, souple avec plus de densité et avec des tanins très fins. La finale est soyeuse et épicée. Un vin très gouleyant avec une belle expression aromatique. Il répond très bien à des grillades avec des viandes fortes, comme l'agneau; mais aussi avec un risotto aux champignons.

Prix : 10 euros


La Cépède - 2018 - Côtes-du-Rhône

C'est un assemblage de 90% Syrah et 10% Cinsault.

La Cépède se repose, ensuite, 12 mois en fût de chêne.

Vous aimerez : Ses arômes subtiles de fruits noirs à l'eau de vie, ses notes toastées, boisées et les épices, tels que la vanille. La bouche est élégante, avec un superbe contraste, entre une vive tension fraiche et une matière ample. Les tanins sont structurants et la finale est longue, généreuse, sur ces arômes toastés.

Un beau vin droit et élégant.

Accompagnez cela avec un rôti de veau aux morilles ou d'une tarte aux épinard, et vous serez au top !

Prix: 13 euros.


Pour conclure, Escarvaillac fait de très bons vins, avec un super rapport qualité/prix, je trouve...

Des vins sur la minéralité, la souplesse et la générosité...fidèle à son terroir.

En gros, pari réussi pour Christophe Requin.


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